Rechercher :

Le prix d’une vie. [MàJ]

Assistant ce vendredi au conseil municipal de Vichy, j’ai été choqué. Choqué par la bêtise. Je me croyais pourtant vacciné, mais une souche plus virulente que les autres a atteint mes oreilles.

Interrogé sur ce qu’il comptait faire pour sécuriser - un peu - la nouvelle configuration du boulevard de Lattre de Tassigny, M. Malhuret s’est ridiculisé comme peu d’hommes sont capables de le faire.

Après avoir expliqué que le rapport de police avait été rendu, mais qu’il n’en connaissait pas le contenu, puisque c’est au procureur que celui-ci a été rendu, M. Malhuret a fantasmé les conditions de l’accident.

D’après lui, le jeune homme ayant trouvé la mort, a commis de nombreuses infractions et les bordures métalliques n’y seraient pour rien. M. Malhuret a expliqué à l’assistance que le conducteur du scooter avait commis de nombreuses infractions : il roulait à une vitesse bien supérieure à la limite autorisée, il dépassait alors que c’était interdit, il avait un passager et enfin il a rappelé qu’il pleuvait et que les tués à deux roues représentent la moitié des morts sur la route, sous-entendant qu’un conducteur de deux roues est un danger public. Alors bien sûr, il est facile de jeter l’opprobre sur ce jeune homme décédé, il ne se défendra pas. J’aimerais pourtant souligner quelques points qui me semblent plein de bon sens. Tout d’abord sur l’interdiction de dépasser, d’une part aucune interdiction de dépasser n’est indiquée à cet endroit, et si M. Malhuret habitait quotidiennement à Vichy, il l’aurait sans doute remarqué aussi, d’autre part, il a bien doublé par la gauche comme le code de la route le demande, puisque justement il a touché la fameuse bordure métallique. Concernant le passager, le code de la route n’interdit nullement l’emport de passager, il en limite simplement l’âge sur un cyclomoteur, j’ignore l’âge exact du passager, mais je doute que l’emport d’un robuste garçon de 14 ans soit moins accidentogène que l’emport d’une jeune fille de 15 ou 16 ans… Je ne pense pas que cela soit le fin mot de l’histoire. Reste la vitesse du véhicule, il serait bon de rappeler que cette section est limitée à 50 km/h, bon de rappeler aussi que le jeune homme conduisait un scooter bridé d’usine à… 45 km/h ! Il est donc permis de douter de ce prétendu grand excès de vitesse. Cependant je conçois aisément que deux ou trois conducteurs d’un certains âge, roulant à 25 ou 30 km/h dans cette zone, en pensant à ce qu’ils allaient dîner, puissent avoir été surpris par par un scooter les dépassant à une vitesse 15 ou 20 km/h supérieure, pour peu que le cyclomoteur pétarade un chouïa et qu’il soit à peine au mètre règlementaire, il est facile de l’imaginer à n’importe quelle vitesse. Ce qui me choque le plus c’est d’entendre ces propos de la bouche de M. Malhuret, qui en matière de gros excès de vitesse est vraiment mal placé pour faire la morale à quiconque.

Concernant l’accidentologie des deux roues, M. Malhuret, plutôt que d’avancer des chiffres hasardeux, informez-vous, les chiffres de la sécurité routière sont publics, et le nombre de tués à deux roues est de 18 % du nombre des victimes de la route. De plus, c’est justement à cause de l’attitude assassine de certains élus, dont vous faites partie depuis vendredi, que ce chiffre est si élevé. En effet il est facile de mettre sur le dos des conducteurs de deux roues toutes les accusations du monde (même s’il est vrai que ma grand-mère sur son vélo pédale parfois un peu vite), l’inadaptation du réseau routier aux deux roues porte une grande part de responsabilité dans ce taux important de décès. Pour rappel les infrastructures routières sont, elles, mises en cause dans 42% des accidents de la route.

Bien sûr, on peut se cacher derrière le fait que le responsable de l’installation affirme que ce n’est pas plus dangereux qu’autre chose, tel est le choix de M. Malhuret. Pourtant Après les vitres auto-nettoyantes du marché couvert, ruineuses en nettoyage ou les pertes du réseau d’eau “normales” un peu anormales, notre Maire devrait pourtant avoir compris que ses sources ne sont pas pas d’une fiabilité absolue. Moi-même motard depuis 20 ans, ayant roulé avec des motos allant de l’enduro à l’ultra-sportive, sur des terrains allant du circuit à la gadoue la plus immonde, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il grêle, sans jamais le moindre accident routier, je suis sûr d’une chose c’est que, dans le contexte où il est utilisé sur ce boulevard, cet équipement est d’une dangerosité absolue pour un deux roues !!!

Lors de mes sorties en VTT, tous les riverains sont unanimes, combien ont déjà dérapé sur ces bordures, même si c’est pour l’instant sans gravité. Et si M. Malhuret habitait Vichy plus que quelques jours par an, il l’aurait aussi remarqué.

Depuis la construction de cette avenue, aucun accident mortel n’était à déplorer jusqu’à sa rénovation. Il n’aura pourtant fallu que quelques jours, pour inscrire cet axe rénové, sur la liste des axes mortels. Malgré les voix qui s’élèvent, M. Malhuret fait le sourd, préférant le risque d’un nouvel accident mortel à la reconnaissance d’une erreur quant au choix du produit. Aura-t-il le courage d’assumer le prochain décès ?

Bien sûr, si les infractions imaginées par M. Malhuret, ne sont pas réellement à l’origine de l’accident, l’attitude du conducteur semble tout de même une des causes du drame. Pourtant sans la rénovation de cette portion de route, le jeune homme serait toujours en vie. Pour beaucoup, il semble tout aussi acquis que la présence de ces barres métalliques n’est pas étrangère à la gravité de l’accident. Comme le reconnaissait Mr Malhuret, on a tous fait des bêtises étant adolescents, a-t-on le droit de laisser en place des équipements pouvant faire basculer de vie à trépas le premier qui commet une erreur de jugement. Demain peut-être, un cycliste fatigué dérapera sur cette bordure aussi glissante que du verglas par temps de pluie, et le conducteur qui le percutera sera sans doute lourdement sanctionné, mais qui sera le véritable responsable ? Et si le lendemain un motard doit effectuer un évitement parce qu’un automobiliste viendra de s’équiper d’une automatique et qu’il aura pillé en voulant débrayer… Qui sera responsable ? Il sera si facile de trouver des coupables, d’accabler telle ou telle personne, mais au final un équipement routier est-il là pour sanctionner les erreurs ?

Me promenant samedi après-midi boulevard Gambetta, j’ai croisé une équipe de -très- coûteux policiers municipaux, le premier d’entre eux, un tout petit chauve, à l’air un peu efféminé, équipé de lunettes noires discutait avec un second policier municipal et un conducteur de scooter, pendant ce temps un troisième policier municipal cherchait la maison de ses rêves dans la vitrine d’Orpi de l’autre côté de la rue. J’en conclus que le nombre de policiers municipaux est trop élevé et qu’il serait bien plus efficace pour la sécurité de tous de mettre l’argent dans la sécurité passive des bords d’Allier !

Je voudrais finir par la déception ressentie lors de l’intervention de Mr Choquet, du groupe de l’opposition, à ce sujet. Lors du décès de ma grand-mère (pas celle qui fait du vélo), je suis tombé sur une carte postale de mon grand-père datant de la seconde guerre mondiale, cette carte racontait la terrible aventure que mon grand-père venait de vivre. Celui-ci venant d’être fait prisonnier était escorté avec quatre de ses compagnons par deux militaires allemands lourdement armés. Après plusieurs heures de marche, une bagarre terrible éclata pour saisir les armes des soldats allemands, trois de ses compagnons furent tués dans cette bagarre, mais l’objectif fut atteint, et il put s’évader avec l’autre survivant et les armes allemandes. Vingt ans plus tard, alors qu’il était cheminot en Algérie et un des derniers français à rapatrier, il fut réveillé par son petit chien, entendant des gens en train de forcer sa porte, et sachant que plusieurs français avaient été assassinés les nuits précédentes il se sauva par l’arrière et tenta de se réfugier chez un premier voisin. Celui-ci de répondit pas, il alla donc se réfugier chez un second voisin. Au petit matin, mon grand-père se rendit chez le premier voisin, et constata que si il ne lui avait pas ouvert c’est parce qu’il avait été égorgé pendant son sommeil. Enfin l’avant-veille de son départ pour la métropole, il eut la visite d’un ancien collègue avec qui il avait travaillé de nombreuses années, un algérien, il lui annonça qu’il y avait une expédition meurtrière prévue pour la nuit suivante et qu’il était sur la liste des maisons à visiter, Mon grand-père échappa à nouveau à la mort.

Mon grand-père a risqué sa vie pour la France et pour sa liberté, ses camarades ont péri pour leur liberté, comme d’autres de sa génération, de la génération précédente, de celle d’avant et encore de celles d’avant eux, nombreux sont ceux qui ont péri. Alors oui, lorsqu’on me parle de perte de liberté, je pense à eux tous, et ma conscience ne peut accepter. Vous même Général, gardien du souvenir français, plus que tout autre, devrait ressentir la même chose. Alors pourquoi proposer, encore, une limitation à 30km/h sur un boulevard qui depuis des dizaines d’années n’avait jamais vu le moindre décès jusqu’à l’installation de ces barres métalliques ? À trop vouloir réglementer, on finit par drastiquement réduire les libertés. Si ce n’est pour elles, pourquoi nos aînés sont-ils morts ?

Enfin afin que chacun cogite sur l’opportunité des fonds engagés par nos dirigeants, je voudrais rappeler quelques chiffres. En France pour cette année il devrait y avoir environ 540 000 décès, dont environ un tiers dûs à des cancers, et près de 30% pour les maladies cardio-vasculaires. En 20 ans le nombre de cancers déclarés a augmenté de 63%. Le nombre de suicides devrait être un peu supérieur à 13 000, et environ 4 500 sur la route, environ 25 000 pour les autres morts violentes. Allez je vous laisse ouvrir les paris et on reparlera des budgets de prévention alloués à chaque branche.

Noël

chaussée meurtrière[MàJ 15-07-2008] : Alors que, la semaine passée, je prenais des photos, dont celle ci-contre, un riverain m’a accosté, après quelques minutes et avant qu’un gros orage nous chasse, il me raconta que, se promenant souvent ici car à la retraite, il voyait régulièrement des gens obligés de piler à cause de véhicules franchissant un peu hasardeusement le stop près du Sichon, et forcément un jour de pluie où le stop aura été franchi un peu trop hâtivement par manque de visibilité ou à cause d’un surplus de buée sur le pare-brise, un deux roue devra mordre à nouveau cette bande métallique, mais alors que tous les riverains le remarquent, le maire s’obstine dans son erreur. Assumera-t-il avec autant d’entrain le prochain décès ?
Noël

Laisser un commentaire