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Shark attack

            Ça couvait depuis quelques semaines déjà avec les déclarations du presque Napoléon IV, qui nous expliquait à mots (à peine) couverts que bien sûr, il fallait faire quelque chose contre ces vampires qui nous enlèvent le pain de la bouche, et qu’on appelle pudiquement des « chômeurs ».

            Jusqu’à présent, l’unedic modifiait les règles de calcul de l’allocation chômage en fonction de ses recettes, lorsque ces dernières diminuaient, les conditions d’accès à l’allocation étaient revues à la hausse, alors que le montant de l’indemnisation était revu à la baisse. Ainsi lors de la dernière révision, les conditions d’indemnisation avaient déjà été sensiblement durcies. Les partenaires sociaux devant se réunir bientôt pour une nouvelle révision et l’unedic étant redevenue sensiblement bénéficiaire, on pourrait attendre une amélioration de l’accès à l’assurance chômage.

            Mais voilà, laisser les partenaires sociaux négocier entre eux, comme à l’habitude, les nouvelles conditions d’accès, ce n’est pas digne de l’état Sarkozy. On ne sait jamais, au cas où le patronnât lâcherait trop de concessions… Non, plutôt que de laisser l’unedic bénéficiaire, notre président préférerait diminuer les recettes de l’unedic afin de ne pas rendre le chômage trop attirant, pensez donc certains chômeurs, préfèrent semble-il, rester dans leur situation afin de bénéficier de l’ASR d’un montant astronomique d’un peu plus de 400 euros mensuels afin de profiter de cet argent pour dormir au « Ritz » ou s’offrir de grosses berlines allemandes !

            Non décidément être chômeur c’est le pied, argent, femmes, voitures de sport, la réussite est bien là… Afin d’endiguer l’afflux de nouveaux chômeurs, probablement attirés par tant de luxe, le refus de deux offres d’emploi permettra bientôt d’exclure ces nantis du bénéfice de l’assurance chômage.

            Il n’en fallait pas plus pour que les premiers requins arrivent dans nos eaux, réchauffée par une extrême droitisation. Premier de ses requins, une SSII proposant à des développeurs, un salaire variant de 160 à 230 euros selon expérience, avec une couverture sociale à négocier, basant pour se faire, le poste et le contrat en Inde. Certains ayant été choqués par cette annonce, le directeur de l’ANPE vient devant les caméra nous expliquer que cette offre est tout à fait attrayante. Seulement voilà, connaissant bien le milieu des SSII, j’ai eu l’occasion de converser avec certains patrons, qui avaient délocalisé une partie de leurs activités en Inde. Et même un développeur indien refuserait de travailler aux conditions proposées. Les indiens étant trop payés, envoyons donc des développeurs français, et déduisons sur 48 mois le prix du billet d’avion aller, comme ça au moins ils n’auront pas les moyens de revenir.

            Mais voilà, l’offre anecdotique est l’arbre qui cache la forêt. Une forêt bien plus inquiétante, mais qui pas assez spectaculaire ne fait pas parler d’elle. Deux offres, basées aux alentours de Vichy, m’ont elles aussi particulièrement choqués.

            La première est celle d’un menuisier qui proposait, il y a quelques semaines, à un jeune ébéniste de l’embaucher à un salaire net mirobolant d’un peu plus de 980 € mensuel, après l’avoir attiré par une offre à l’ANPE indiquant un salaire « à négocier ». Le jeune ébéniste expliquant au menuisier qu’il sortait d’un long CDD avec un salaire de 1600 euros net et que son domicile étant à plus de 25 kms du lieu de travail proposé, il ne pouvait travailler à un salaire aussi bas. Le salaire « à négocier » sur le site de l’ANPE s’étant brusquement transformé en smic non négociable, nos deux compères se sont quittés, le jeune ébéniste proposant au menuisier de réfléchir à nouveau au salaire proposé, le menuisier en lui indiquant que son profil l’intéressait beaucoup.

            Arrivant à son domicile, le jeune ébéniste avait, déjà, une convocation à l’ANPE sur son répondeur, au motif qu’il avait refusé une offre d’emploi tout à fait intéressante. Malgré ses explications, l’ébéniste lors de son entretien à l’ANPE, s’est vu dire que le menuisier avait indiqué qu’il était un feignant ne voulant pas travailler, s’est fait passé un gentil savon, et s’est vu menacé de radiation. Quelques jours plus tard, il recevait une nouvelle convocation pour un entretien pour le même emploi. L’ébéniste venant de trouver un CDI, à Vichy même et à 50% de plus que le salaire proposé par le menuisier, a pu ignorer la convocation…

            La seconde offre est tristement représentative de ce qu’on trouve de plus en plus sur l’ANPE. Cette fois-ci pas d’entretien proposé par l’ANPE, mais un demandeur d’emploi qui repère une offre de la CAFPI (pour le menuisier pas futé, j’ai tu le nom, pour la CAFPI, je laisse chacun juger de l’envie des entreprises qu’ils souhaitent faire travailler). Notre demandeur d’emploi ne passe pas par l’ANPE et envoi directement son CV, il décroche un entretien. Notre jeune demandeur d’emploi se rend donc à l’entretien, où on lui explique que le poste est proposé en Agent Co, c’est a dire que le demandeur d’emploi n’aura pas de salaire, mais un petit pourcentage sur le montant des contrats qu’il arrivera à vendre, évidement pour bénéficier de ce type de régime, le demandeur d’emploi devra monter son entreprise et payer ses charges. Bien évidement en tant qu’agent commercial indépendant, plus de possibilité de chômage, et une couverture sociale bien plus réduite.

            Le demandeur d’emploi, même si il a toujours été salarié, n’est pas découragé, il se dit qu’après tout, si c’est au pourcentage, ça lui permettra, si il travaille beaucoup de bien gagner sa vie… Même si le fait de ne pas pouvoir avoir de bureau l’ennuie un peu, l’entretien continue donc. Pour pouvoir travailler avec cette société, le demandeur d’emploi devra suivre une petite formation d’une semaine au moins, à quelques centaines de kilomètres de chez lui, frais de séjour et de déplacement à ses frais bien entendu. Le demandeur d’emploi n’étant pas dans une situation financière trop mauvaise, il peut le faire, l’entretien continue donc. Notre peut-être futur agent commercial, se pose alors quand même une question, car jusqu’à présent on lui propose de débourser de l’argent toujours et encore, mais au final, combien gagnera-t-il sur un dossier ? Son interlocuteur est un peu léger et flou sur les explications, la grille des gains est un peu confidentielle mais il y aura accès après le stage d’une semaine à ses frais… Notre demandeur d’emploi est insistant, on lui communique donc oralement quelques chiffres à la fin de l’entretien. Le recruteur termine l’entretien et indique au demandeur d’emploi qu’il ne le recontactera pas et qu’il attend son appel si le postulant est intéressé.

            Le demandeur d’emploi rentre chez lui, le pourcentage de rémunération est vraiment très faible, il a pu discuter avec des commerciaux en place qui visiblement peinent à gagner leur vie, quand ils ne travaillent pas à perte. Un rapide calcul lui montre que pour juste rentrer dans ses frais et payer ses charges il devra trouver les clients, leur vendre chaque mois plusieurs dizaines de prêts immobiliers puis les faire accepter par les banques. Le pourcentage de rémunération est vraiment trop faible, le demandeur d’emploi lâche l’affaire.

            Peut-on parler de mauvaise volonté ? Le demandeur d’emploi, a trouvé l’offre de son propre chef et a fait des centaines de kilomètres pour se rendre à l’entretien d’embauche, on peut en déduire qu’il y a quand même une volonté non équivoque de trouver un emploi.

            Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Deux semaines plus tard, le recruteur qui avait bien compris que le demandeur d’emploi avait un carnet d’adresse bien fourni et pouvait permettre à la société de s’implanter rapidement sur le secteur, recontacte le demandeur d’emploi. Le recruteur essais alors de connaître les raisons pour lesquels il n’a pas été donné suite à l’offre. Le chômeur est clair, il est prêt à travailler en indépendant, et par la même à travailler avec une couverture sociale réduite et une absence de couverture chômage, il est prêt à engager les frais nécessaire pour commencer de travailler, il est prêt à travailler plusieurs mois sans salaire, puisque il n’aura aucun revenu le temps de trouver ses premiers clients puis viendra ensuite un délais de plusieurs mois avant de toucher les commissions, ces dernières n’étant versées qu’une fois les actes de vente réalisés. Le seul point qui l’empêche de travailler c’est le montant trop faible du pourcentage de la commission.

            Le recruteur prend acte du motif, mais indique qu’il ne peut proposer autre chose, invitant le demandeur d’emploi à repenser à son offre. Souhaitant mettre à profit de son entreprise l’intéressant portefeuille clients du demandeur d’emploi, comme dans notre premier exemple, il appelle l’ANPE, espérant forcer un peu la main de l’allocataire, pour indiquer qu’il a fait une offre d’emploi à la personne mais que celle ci refuse de travailler. Et comme dans le premier exemple, la personne est convoquée afin de se justifier… A la vue de sa démarche volontaire pour trouver un emploi et de l’offre un peu « limite », l’histoire n’aura pas d’autre suite qu’un coup de fil salé du chômeur à l’employeur indélicat.

            Me rendant aujourd’hui chez un de mes clients, j’écoutais, sur France-Info me semble-t-il, que l’industrie des films pornographiques manquait de main d’œuvre… A quand l’obligation d’accepter tout CDI ? Jusqu’où ira-t-on dans le refus de laisser à chacun son choix de profession ?

            Ces deux exemples montrent que si certains employeurs continuent à jouer le jeu de la négociation afin d’attirer les meilleurs éléments, de plus en plus de requins essaient de profiter de l’actuelle chasse aux chômeurs pour forcer la main de demandeurs d’emplois afin de les embaucher à des conditions très désavantageuses. Mais que devient alors le contrat de travail, si l’un des protagonistes le signe sous la contrainte, peut-on encore vraiment appeler ça un contrat ?

Noël

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